Silence

Le Bar de l'Ombre bleue -3

le 27/08/2005 à 21h32

« Ne fais pas le compliqué, s’il te plaît ! Je parle de rémunération en plus.

- C’est la meilleure, ça ! On paie les touristes pour aller à New York, maintenant ?


- Idiot !

- Ah bon, je me disais, aussi. C’était un peu en désaccord avec notre société de profit."


Je finis de vider mon verre et le reposai.

« Rémunéré en plus, dis-tu ? Un truc pour ton agence, alors ? Tu sais bien pourtant que je préfère photographier qu’être pris en photo.


- Je ne te demande pas de faire le mannequin, dit Emaline.

- Heureusement que je m’en doutais. Ça m’évite d’être déçu... Si c’est pour photographier, je fais ça en dehors des vacances, tu sais. C’est mon métier.

- Alessio, tu m’exaspères. Ecoute, on prend rendez-vous pour en parler, okay ? C’est un problème qu’on a avec l’une de nos mannequins, ça me tracasse.

- Holà. Pourquoi c’est à moi que tu demandes de l’aide ?

- Parce que tu as un peu d’intelligence dans la caboche ! Bon ! Aux vingt-sept ans de Julia. »

A contrecoeur, je levai mon verre pour trinquer avec elle – ne sachant trop en réalité ce qui se scellait par ce simple geste entrechoquant le verre.

Nous prîmes rendez-vous pour le surlendemain. Elle me demanda de ne parler de rien à Julia ; ça ne me posait aucun problème, car elle avait justement ce jour-là un voyage d’affaires à Lille. De sorte que deux jours plus tard, après le travail, j’allai sonner chez Emaline Wander.

Elle vivait avec son petit garçon, Darren, qui avait quatre ans. Les deux parents s’étaient séparés depuis longtemps, et elle n’avait d’ailleurs jamais manifesté l’envie d’élever avec lui leur fils.

Elle m’emmena dans son salon où elle me servit un verre de porto – elle me dit qu’elle n’aimait pas le whisky et qu’elle n’en avait donc pas. Pour ma part, le porto me convenait très bien, et elle s’en prit un verre. Comme Darren voulait goûter, elle le laissa humer l’odeur, puis lui donna un verre de grenadine. Je remarquai que, sur la table basse devant le canapé, elle avait posé quelques photos.

Quand Darren fut servi, elle s’assit sur le canapé en face de moi, tandis que j’occupais un fauteuil.

« Eh bien, fis-je, alors, pourquoi voulais-tu m’envoyer à New York ?

- Je veux toujours », répondit Emaline.

Elle posa son verre, et jeta un coup d’oeil à son fils, qui jouait à côté d’elle avec ses petites voitures. Quand elle fut assurée qu’il était bien concentré, elle se pencha et prit les photos sur la table basse.

« Il y a quelques semaines – en juin, très exactement, le 15 juin -, nous avons envoyé à New York quelques-unes de nos mannequins pour plusieurs défilés de haute couture. L’une d’elles a remporté pas mal de succès, puisqu’elle a signé plusieurs contrats importants. Et puis, le 30 juin, elle a disparu.

- Disparu ? m’étonnai-je. Comme ça ?

- Oui. Disparu, tout simplement. On a retrouvé toutes ses affaires, sans elle. C'est pour ça que j’ai besoin de toi.

- Mais il lui est arrivé quoi ?

- Eh bien, on ne sait pas, soupira Emaline. Ceux qui la connaissaient, à New York, sont partagés. Il y en a qui disent qu’elle a simplement décidé qu’elle en avait marre, et qu’elle a tout laissé tomber. Il y en a d’autres qui affirment qu’elle est morte. Mais on n’a pas retrouvé de corps.

- Ah bon. »

Le Bar de l'Ombre bleue -2

le 18/08/2005 à 15h39

Ce fut justement à propos de vacances que cette histoire me tomba dessus. Comme c’était l’anniversaire de Julia – ses vingt-sept ans – nous avions organisé une petite fête dans l’appartement que nous louions, et parmi les amis que j’avais proposé d’inviter, il y avait Emaline Wander. Julia ne l’avait jamais rencontrée, mais assez intéressée par le métier qu’elle faisait, elle accepta qu’elle vienne. Sa petite soeur avait vingt-trois ans, et Julia l’aurait bien vue mannequin. Emaline vint donc.

 


 


Au repas, Julia avait manoeuvré de sorte que je me trouvai entre elles deux. Sa petite soeur se trouvait en diagonale d'Emaline.

 


 


Pourtant celle-ci ne lui prêta pas attention ; tout d’abord elle discuta avec un ami de Julia, qui se trouvait également à côté d’elle, puis, entre le plat principal et le fromage, elle se tourna vers moi :

 


 


« Alors, fit-elle, qu’est-ce que tu deviens ? »

 


 


Etant née d’un père anglais et d’une mère française, Emaline n’avait aucun accent et parlait aussi bien les deux langues. Je haussai les épaules.

 


 


« Comme d’habitude, dis-je. Je cours faire des photos à droite et à gauche. »

 


 


Elle hocha la tête, jeta un coup d'oeil à Julia. Elle se pencha vers moi pour être sûre que je sois seul à l’entendre.

 


 


« Vous ne vous battriez pas un peu froid, par hasard ?

 


 


- Oh, fis-je. Si, un peu. Tu sais ce que c’est. Le commencement de la fin, comme on dit. »

 


 


Je ris. Ça ne me rendait pas vraiment triste, c’était une sorte de fatalité que j’acceptais.

 


 


Mais ce n’était manifestement pas cela qui préoccupait Emaline. Elle m’observa pensivement quelques instants, faisant tourner son verre de vin dans sa main.

 


 


« Quand prends-tu des vacances ? » me demanda-t-elle à brûle-pourpoint.

 


 


Je haussai les sourcils.

 


 


« Julia n’en a pas, pour l’instant, répondis-je. Elle vient de changer de boîte.

 


 


- Je ne demande pas quand Julia prend des vacances, dit Emaline avec une moue sévère. Je voudrais savoir quand toi, tu en as. »

 


 


Perplexe, je bus un peu de vin pour me donner une contenance.

 


 


« A priori, j’en ai encore pour quand je veux. Il suffit que j’en demande. Pourquoi ?

 


 


- Je voudrais que tu en prennes le plus tôt possible. Combien de jours peux-tu avoir ?

 


 


- J’ai l’air si fatigué que ça ? »

 


 


Elle secoua la tête.

 


 


« Réponds.

 


 


- Oh, je ne sais pas, soupirai-je. D’habitude je prends d’une semaine à dix jours. J’imagine que j’ai la possibilité d’aller jusqu’à vingt jours tout en m’en gardant un peu pour plus tard. Mais je n’ai pas de raison de prendre des vacances maintenant, tu sais.

 


 


- Si tu les prends maintenant et que tu vas à New York, ce seraient des vacances rémunérées. »

 


 


Je regardai Emaline. A présent je me demandais si elle était sérieuse.

 


 


« Pas de problème, dis-je, j’y suis dans dix minutes avec le prochain Rafale qui y va. »

 


 


Elle leva les yeux au ciel.

 


 


« Très drôle. Alessio, c’est important.

 


 


- Tu en as de bonnes, toi ! Mes vacances sont toujours rémunérées ! Sans ça, ça s’appelle du chômage, et j’éviterai ça, merci bien ! »

 


 


Emaline rit – un peu.

 


 

Le Bar de l'Ombre bleue -1

le 16/08/2005 à 21h47

    De toutes les aventures que j’ai vécues, aucune n’a été aussi étrange que celle du Bar de l’Ombre bleue. En partie parce qu’elle avait un parfum d’irréel, de surnaturel, et aussi parce que je n’ai toujours pas compris ce qui a conduit à tout cela. Des années après, je repasse dans ma mémoire tous les faits, je cherche une voie qui me permettrait de comprendre – en vain.

 


 

 


 


    Le Bar de l’Ombre bleue était un lieu impensable, comme une échappée dans l’imaginaire, en plein New York. Un lieu privilégié au bord de l’Hudson, avec un jardin qui en été se couvrait de fleurs aphrodisiaques. Comment ce bar avait-il pu échouer là ? L’intérieur était étouffé par une lourde vapeur semblable à celle de l’opium, qui planait au-dessus des tables toujours occupées, au-dessus de la piste de danse, au-dessus du bar lui-même. Les lumières intermittentes contribuaient à l’atmosphère atténuée, comme droguée, habillant les lieux de rouge, de jaune, de bleu. Durant la journée la fumée décorait l’intérieur de bleu, ce qui avait valu son nom au bar. Il était ouvert sur le jardin. Il n’y avait aucune table à l'extérieur, juste une fontaine et des allées entre les bosquets fleuris. En approchant de l’Hudson, le jardin montait, et finissait à pic. Il n’y avait aucune barrière, juste un petit kiosque surplombant l’eau et, un peu plus loin, à l’horizontale au-dessus du fleuve, une lourde et large barre d’acier comme celles que l’on imagine sur les chantiers. A cet endroit aussi, la vapeur régnait, c’était comme si elle assourdissait tout, comme si elle montait du fleuve pour continuer l’illusion.

 


 

 


 


    Le bar ne fermait jamais. Chaque jour de la semaine, il y avait un nouveau barman derrière le comptoir, le propriétaire, sa femme ou l’un de leurs cinq enfants. Toujours le même jour de la semaine, toujours habillé en bleu, toujours là vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Vers midi on le voyait somnoler pour prendre des forces pour la soirée à venir. Le barman du jour s’occupait seul de tous les clients du bar, et ils s’acquittaient tous parfaitement de cette tâche. Durant la journée il n’y avait pas beaucoup de monde, par intermittence, mais le soir toutes les chaises étaient occupées, avec ou sans table. On allumait alors la sono, et les clients dansaient dans l’atmosphère rêveuse du bar, la lumière envoyant des flash rouge ou jaune ou bleu sur les corps en sueur. Il n’y avait jamais d’hiver dans ce bar, tout au plus le ressentait-on dans le jardin, à cause des buissons dépenaillés et de l’air froid qui donnait à la fumée des allures de brouillard gris.

 


 

 


 


    Avant de faire connaissance avec ce lieu où l’on perd toute notion du temps, presque la notion de l’existence individuelle, j’étais en France – photographe professionnel, j’étais employé à Paris. J’avais une amie, Emaline Wander, qui travaillait pour une agence anglaise de mannequins, implantée à Paris. Notre amitié remontait à quelques dix ans, et nous ne nous voyions plus qu’occasionnellement, par hasard, pour partager sans y penser une heure dans le même bar, à se donner les dernières nouvelles. Chacun était englué dans sa vie de tous les jours, une vie d’adulte désabusé qui sait qu’il s’est fait piéger trop longtemps auparavant pour revenir en arrière. A vrai dire, c’est à peine si le nom d’Emaline Wander m’était encore familier. Ma relation avec ma dernière conquête battait de l’aile, mon travail m’accaparait sans que je sache trop s’il me plaisait encore, je partais tôt le matin dans les embouteillages interminables de Paris – tâche impossible : s’en sortir -, ou bien dans la proximité étouffante du métro, je revenais crevé le soir – une vie sans rien d’extraordinaire. De temps à autres dix jours de vacances.

 


 

 


 

...

le 16/08/2005 à 21h43

Il y a quelques temps, j'ai écrit une histoire... Comme elle a plu à ceux à qui je l'ai fait lire, je mets le début ici, et si ça vous plaît, je rajouterai la suite...


Je préviens tout de suite : c'est une histoire assez bizarre, avec une atmosphère assez bizarre aussi, et la fin n'est pas évidente à comprendre... Elle est aussi TRES longue, donc pour les courageux... bon courage!!!!

Petite larme de cire...

le 10/08/2005 à 20h04

Petite larme de cire,


Coule le long de la joue...



Chantonne en coeur avec moi,


Sculptons cette vision...


Une petite âme en émoi


Qui me regarde, chantonnons...



Petite figure diabolique


Approche et laisse-toi envoûter


Petite larme maléfique


Qui sur ta main est tombée...



Douce flamme brûlante


Qui s'est trop approchée de toi


Flamme de ta vie vacillante


Et ton regard fixé sur moi...



Petite larme de cire...


Coulée et figée sur le froid de ta joue...


Silence

Juste quelques hommes

le 04/08/2005 à 17h56

Après les brumes, où commence le ciel


Où les aigles reculent, où manque l'oxygène


Où les grands froids règnent même au soleil


Aux neiges éternelles


Où rien ne pousse, où les âmes s'éteignent


Où plus rien ne frissonne


Plus rien ni personne


Juste quelques hommes


Quelques hommes



Au fond des fonds aux entrailles des mers


Où les sirènes sombrent en leurs sombres repaires


Plus loin que loin, aux extrêmes extrêmes


Où plus un être n'ose


Des astres éteints au sein des volcans mêmes


Où les laves fusionnent


Ni rien ni personne


Juste quelques hommes


Quelques hommes



Au plus sauvage, où renoncent les fauves


Dans les grands marécages où les humains pataugent


Au bout du mal, où tous les dieux nous quittent


Et nous abandonnent


Dans ces boues noires où même les diables hésitent


A genoux, pardonnent


Juste quelques hommes


Quelques hommes justes


Quelques hommes justes



J-J Goldman

Tristesse et solitude...

le 19/07/2005 à 22h21
Triste j'ai toujours été...
Seul sentiment accepté par mon coeur qui faiblit
Poison doux-amer dont je me suis nourri...
Dans une tristesse impalpable, légère mélancolie
Je me regarde moi-même, regarde ma vie qui fuit...
Qui aurait prévu que tout arriverait ainsi ?
Rien n'est arrivé, et j'en perds peu à peu la vie...
Blottie dans ma tristesse, pétrifiée d'ennui
Je sais que je n'ai rien à faire là, je m'excuse d'être ici...
Je voudrais être plus loin, mon âme se contrit
Triste j'ai toujours été, et j'en paie le prix.

Seule j'ai toujours été...
Autour de moi j'entends des chants et des rires
Je ne les vois pas seulement, je me tiens à côté sans envahir
Ce territoire inconnu que l'on ne peut m'offrir...
Ces gens que je rencontre, qui ne me sont qu'un souvenir...
Ces gens qui me rencontrent, pour qui je ne suis qu'un soupir...
Que pourraient-ils voir d'une ombre que rien ne peut trahir
Même pas un bruit, un souhait, un désir ?
La solitude m'accompagne, ou plutôt m'immobilise d'un sourire
Tous ces gens, verraient-ils un reflet que le temps fait pâlir ?
Bientôt il sera trop tard... Tristesse et solitude me font mourir...
Silence

pour le moment...

le 24/06/2005 à 14h48
Bon alors n'ayant jamais fait d'article comme ça, je ne sais pas quoi y mettre ^^
Simplement que pour l'instant je n'ai plus rien à dire, je suis complètement à sec et donc, mon blog va sans doute cesser d'être alimenté pendant un moment... Il faut croire que les idées noires étaient mon inspiration...
En tout cas merci à tous ceux qui ont visité mon blog et laissé des commentaires !!! Merci à ceux qui m'ont mise en favori !!! Et si vous venez encore, allez visiter ceux que moi j'ai mis en favoris, si vous ne les connaissez pas...
bizzzzzzzzzzzzzz à tous
Return of Shadow

Conversation

le 11/06/2005 à 19h57
Je te cherche jusque dans la nuit
Dis, où es-tu mort?
- Je suis mort il y a longtemps,
Enseveli sous des souvenirs...
J'ai souffert d'avoir trop ri.
- Crois-tu que la vie existe encore ?
- Je l'ai trouvée au fond d'une mer de délires...
- Où es-tu allé récemment ?
Crois-tu que je puisse y aller aussi ?
- Regarde plutôt cette marée de sentiments
- Etrange cette lueur...
Je hurle de plaisir
Le merveilleux a une urne agrandie
Elle renferme toutes mes erreurs
- Oh, aide moi, fais-moi sortir
- Peux-tu me dire ce que je fais ici ?
- J'espère, tu es venue me rencontrer
Je suis mort il y a longtemps
- Dis-moi, puis-je quelque chose pour toi ?
- Pour quoi faire ? Je suis bien ainsi
Ai-je besoin qu'on vienne m'aider ?
Ecoute plutôt ton ressentiment
- Si je l'écoute, je pars en t'abandonnant là.
Silence

I waited...

le 02/06/2005 à 19h13
I am waiting for you.
I used to wait all my life for you...
And now that I'm old, you're here.
Now that I'm horrible, you're coming to me.
I know you're looking at me, you don't understand...
All my life, such a life...
I've lost my life, waiting for you
And you didn't come!!!
And now that you're here, I don't know...
Now you're here, I feel better,
I know I'm younger now
Your sight makes me young.
Now I can be with you, you're here.
But I've lost my life...
I don't know if you're interesting me now...

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