« Ne fais pas le compliqué, s’il te plaît ! Je parle de rémunération en plus.
- C’est la meilleure, ça ! On paie les touristes pour aller à New York, maintenant ?
- Idiot !
- Ah bon, je me disais, aussi. C’était un peu en désaccord avec notre société de profit."
Je finis de vider mon verre et le reposai.
« Rémunéré en plus, dis-tu ? Un truc pour ton agence, alors ? Tu sais bien pourtant que je préfère photographier qu’être pris en photo.
- Je ne te demande pas de faire le mannequin, dit Emaline.
- Heureusement que je m’en doutais. Ça m’évite d’être déçu... Si c’est pour photographier, je fais ça en dehors des vacances, tu sais. C’est mon métier.
- Alessio, tu m’exaspères. Ecoute, on prend rendez-vous pour en parler, okay ? C’est un problème qu’on a avec l’une de nos mannequins, ça me tracasse.
- Holà. Pourquoi c’est à moi que tu demandes de l’aide ?
- Parce que tu as un peu d’intelligence dans la caboche ! Bon ! Aux vingt-sept ans de Julia. »
A contrecoeur, je levai mon verre pour trinquer avec elle – ne sachant trop en réalité ce qui se scellait par ce simple geste entrechoquant le verre.
Nous prîmes rendez-vous pour le surlendemain. Elle me demanda de ne parler de rien à Julia ; ça ne me posait aucun problème, car elle avait justement ce jour-là un voyage d’affaires à Lille. De sorte que deux jours plus tard, après le travail, j’allai sonner chez Emaline Wander.
Elle vivait avec son petit garçon, Darren, qui avait quatre ans. Les deux parents s’étaient séparés depuis longtemps, et elle n’avait d’ailleurs jamais manifesté l’envie d’élever avec lui leur fils.
Elle m’emmena dans son salon où elle me servit un verre de porto – elle me dit qu’elle n’aimait pas le whisky et qu’elle n’en avait donc pas. Pour ma part, le porto me convenait très bien, et elle s’en prit un verre. Comme Darren voulait goûter, elle le laissa humer l’odeur, puis lui donna un verre de grenadine. Je remarquai que, sur la table basse devant le canapé, elle avait posé quelques photos.
Quand Darren fut servi, elle s’assit sur le canapé en face de moi, tandis que j’occupais un fauteuil.
« Eh bien, fis-je, alors, pourquoi voulais-tu m’envoyer à New York ?
- Je veux toujours », répondit Emaline.
Elle posa son verre, et jeta un coup d’oeil à son fils, qui jouait à côté d’elle avec ses petites voitures. Quand elle fut assurée qu’il était bien concentré, elle se pencha et prit les photos sur la table basse.
« Il y a quelques semaines – en juin, très exactement, le 15 juin -, nous avons envoyé à New York quelques-unes de nos mannequins pour plusieurs défilés de haute couture. L’une d’elles a remporté pas mal de succès, puisqu’elle a signé plusieurs contrats importants. Et puis, le 30 juin, elle a disparu.
- Disparu ? m’étonnai-je. Comme ça ?
- Oui. Disparu, tout simplement. On a retrouvé toutes ses affaires, sans elle. C'est pour ça que j’ai besoin de toi.
- Mais il lui est arrivé quoi ?
- Eh bien, on ne sait pas, soupira Emaline. Ceux qui la connaissaient, à New York, sont partagés. Il y en a qui disent qu’elle a simplement décidé qu’elle en avait marre, et qu’elle a tout laissé tomber. Il y en a d’autres qui affirment qu’elle est morte. Mais on n’a pas retrouvé de corps.
- Ah bon. »








